
La semaine passée Moumini Niaoné, médecin diplômé en santé comportementale aux Etats-Unis, en santé sexuelle et reproductive au Royaume-Uni nous parlait de la dengue. Cette semaine, il se penche sur une autre maladie aussi meurtrière que la dengue. Il s’agit du paludisme qui fait plusieurs victimes . En cette saison pluvieuse, le risque de paludisme est accru . C’est pourquoi le médecin nous indique comment l’éviter. A la semaine prochaine pour d’autres sujets.
Salamatou est une femme de 38 ans, cultivatrice très acharnée au travail. En cette période de saison pluvieuse, elle ne manque pas au champ, parce qu’elle doit remporter la bataille contre les mauvaises herbes dans son champ d’arachides. Elle est enceinte de 6 mois, et n’a pas encore fait de consultation prénatale. Malheureusement, ce matin au réveil, elle sent des courbatures ainsi que des maux de tête et des frissons. Son corps chauffe, mais pour elle, c’est probablement un coup de fatigue lié aux travaux champêtres et elle prend un paracétamol, comme d’habitude. Elle se rend au champ, mais n’arrive pas à tenir. Après plusieurs vomissements et des douleurs du bas-ventre, on l’amène au CSPS du village où elle va malheureusement perdre sa grossesse qui a coulé. Les examens montrent qu’elle a un paludisme grave dont les complications lui ont coûté sa grossesse. Oui, le paludisme est particulièrement grave chez la femme enceinte et les enfants de moins de 5 ans. La fièvre, l’anémie peuvent entraîner des fausses couches, des accouchements prématurés, ou des bébés trop petits pour survivre.Voilà pourquoi chaque consultation prénatale compte. Voilà pourquoi il faut prendre les doses préventives (SP) contre le paludisme à chaque visite, comme le recommande l’agent de santé.
Comment se transmet le paludisme ?
Le paludisme est causé par un parasite transmis par la piqûre d’un moustique infecté, généralement le soir et la nuit. Une fois dans le corps, le parasite se multiplie dans le foie, puis dans les globules rouges, provoquant fièvre et destruction des cellules sanguines.
Quels sont les signes du paludisme ?
Fièvre, frissons, maux de tête, vomissements, douleurs musculaires et fatigue intense sont des signes fréquents du paludisme. Mais on peut retrouver ces signes dans bien d’autres maladies comme la fièvre typhoïde, la dengue, etc. Chez la femme enceinte et chez les enfants, ces signes peuvent rapidement évoluer vers un paludisme grave.
Quels sont les signes de gravité ?
Difficultés à respirer
Vomissements répétés incontrôlables (qui peuvent rapidement conduire à la déshydratation et affaiblir très sérieusement la malade) . Il y a aussi les convulsions qui peuvent chez l’enfant se manifester par une révulsion oculaire (la partie noire de l’œil remonte et on ne voit que la partie blanche). Il y a également les troubles de conscience ou somnolence inhabituelle, la forte anémie (la paume des mains devient très pâle, ainsi que l’intérieur des paupières qui est habituellement bien coloré). Parfois, l’on constate une coloration rougeâtre de l’urine, on parle d’urine Coca-Cola. Il faut éviter de se soigner à la maison. Il faut consulter un agent de santé, car le paludisme est un véritable tueur. Chaque année, ce sont des milliers d’enfants qui meurent. Les femmes enceintes et d’autres adultes ne sont pas épargnés.
Comment prévenir le paludisme ?
-Dormir sous une moustiquaire imprégnée toutes les nuits
-Assécher les eaux stagnantes et éliminer les nids de moustiques autour des maisons
-Faire la consultation prénatale et recevoir les doses préventives (SP) pour les femmes enceintes, ainsi que pour les enfants de moins de 5 ans
-Recourir aux tests rapides et se soigner tôt en cas de fièvre
-Prendre les médicaments jusqu’au bout, même si on se sent mieux, pour éviter les rechutes et les résistances
-Ne pas oublier la vaccination contre le paludisme, disponible dans certaines zones
Notons que notre santé n’est pas seulement l’affaire des agents de santé. Les maris doivent encourager leurs femmes à aller en consultation. Les chefs coutumiers, les leaders religieux, les grands-mères, les jeunes, tout le monde a un rôle à jouer. La chimioprophylaxie saisonnière (CPS) aide beaucoup dans la prévention de ce tueur. Chez les enfants de moins de 5 ans, des médicaments préventifs sont distribués gratuitement pendant la saison des pluies. Chaque parent doit veiller à ce que les enfants prennent ces médicaments à chaque cycle, sans interruption. Cela sauve des milliers de vies chaque année.
L’importance de la recherche et de la vigilance sont cruciales. En effet, les progrès en matière de lutte contre le paludisme (moustiquaires imprégnées, tests rapides, médicaments ACT, programmes de prévention) sont le fruit de recherches continues. On voit les avancées majeures avec le vaccin sur lequel le professeur Tinto et son équipe travaillent. Voilà pourquoi il faut continuellement soutenir la recherche. En conclusion, l’histoire de Salamatou nous rappelle que le paludisme n’est jamais une maladie à prendre à la légère. Prévenir, consulter tôt, se protéger, exiger la santé pour tous — voilà ce qui peut sauver des vies.
Dr Moumini Niaoné
LA PLUME



