Burkina : Les Agents d’Affaires interpellent le Capitaine ibrahim Traoré sur l’avenir de leur profession

Les Agents d’Affaires du Burkina Faso ont adressé une lettre ouverte au Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré, afin d’attirer son attention sur une situation qu’ils jugent préoccupante pour l’accès à la justice.
Selon eux, un projet de décret en relecture, initialement adopté de façon consensuelle lors d’un atelier tenu en juin 2025 à Koudougou, aurait été modifié de manière unilatérale. Ces modifications, dénoncent-ils, visent à restreindre leurs prérogatives, notamment leur droit d’assister et de représenter les justiciables devant les juridictions, rôle reconnu par l’arrêté de 1950 qui encadre leur profession.
Les Agents d’Affaires estiment que ces manœuvres, inspirées par certains groupes défendant leurs propres intérêts, menacent non seulement leur existence professionnelle mais aussi le droit des Burkinabè, surtout les plus modestes, à une justice accessible et moins coûteuse. Ils appellent donc le Chef de l’État à intervenir pour faire la lumière sur ce processus et garantir le respect de leur rôle, rappelant que la Constitution consacre le droit pour chaque citoyen de choisir librement son défenseur.
Lire l’intégralité de la lettre
«Camarade combattant pour la liberté, la souveraineté et l’indépendance réelle du Burkina Faso.
Le 25 Mai 2024, le peuple burkinabè dans son ensemble dont notamment la jeunesse burkinabè a décidé de manière volontaire, suffisamment muri et réfléchi, sans influence extérieure ni impérialiste de vous confier la destinée de notre très chère et seule Patrie, le BURKINA FASO pour 05 ans supplémentaires. Cette confiance renouvelée en vous, vous l’avez accueillie, comprise et acceptée et vous avez promis au peuple burkinabè de toujours la mériter dans votre discours mémorable prononcé le 11 juillet 2024 dans la cuvette du Palais des sports de Ouaga 2000. Ce discours a achevé de convaincre même les plus sceptiques et de galvaniser les patriotes que nous sommes. Lors de ce discours historique, vous avez présenté sommairement mais clairement votre vision pour l’avenir de notre nation que nous avons épousé parfaitement.
Vous avez en substance annoncé sinon rappelé votre ferme volonté de combattre outre le terrorisme, l’impérialisme, les inégalités entre burkinabè de toutes classes sociales, la corruption, la mauvaise gouvernance dans les administrations, mais aussi d’assurer un accès équitable et en quantité aux emplois des jeunes, un accès équitable à la justice pour tous les burkinabè : riches comme pauvres, une opportunité à tous les burkinabè de participer au développement endogène de notre pays. A cet effet dans le domaine précisément de la justice vous avez décrié le fait qu’il puisse exister « une justice pour le pauvre et une justice pour le riche au Burkina Faso » et que vous n’allez pas permettre la distanciation dans le domaine de la justice entre les minorités dirigeantes et les masses populaires paysannes qui croupissent dans les villages. Vous avez affirmé avec force que « l’injustice est un fléau qui détruit la société » et nous les Agents d’Affaires qui intervenons dans le domaine de la justice sommes parfaitement d’accord avec vous. Depuis ce discours historique nous ne doutons pas un seul instant que vous œuvrez à travers vos politiques, décisions et réformes déjà constatés à l’atteinte de ces objectifs.
Cependant, Excellence monsieur le Président, force est de constater que malgré cette dynamique, une minorité d’individus, toujours attachés aux pratiques capitalistes et néo-impérialistes, tentent de freiner sinon saboter vos efforts surtout dans le domaine du droit d’accès à la justice pour tous citoyens à travers la tentative de réduction de l’éventail des acteurs offrant d’accompagner les masses populaires dans nos villes et campagnes à accéder à la justice tel que prévu par les textes en vigueur dans notre pays.
Nous Agents d’Affaires du Burkina Faso réunis autour de notre Corporation Nationale vous informons que notre profession est la cible de ces individus antirévolutionnaires qui utilisent tous les stratagèmes pour éliminer la profession d’Agent d’Affaires au Burkina Faso en la vidant de son objet principal.
Excellence monsieur le Président, soyez informé que depuis plusieurs années, les Agents d’Affaires du Burkina Faso sont empêchés très souvent d’apporter leur concours au droit d’accès des justiciables burkinabè à la justice par certains acteurs même de la justice.
Excellence monsieur le Président, soyez aussi informé qu’à la faveur d’une opération d’actualisation de l’arrêté 1853 A.P du 30 Mars 1950 règlementant la profession d’Agent d’Affaires au Burkina Faso, des mains invisibles s’y sont invitées et n’ont pas manqué de saisir l’occasion pour tenter de dépouiller ce corps professionnel de tout son sens et même de son objet surtout dans le domaine d’intervention en justice au Burkina Faso. Qu’après un atelier de travaux de relecture du texte régissant la profession d’Agent d’Affaires au Burkina Faso organisé par le Secrétariat Général du Ministère en charge du Commerce, ténu à Koudougou du 11 au 13 Juin 2025, un Avant-projet de décret interministériel a été arrêté à la clôture des travaux sur un rapport consensuel de tous les participants audit atelier.
Qu’à la grande surprise des représentants de la corporation nationale des agents d’affaires du Burkina Faso qui avaient participé à ces travaux, l’Avant-projet initialement retenu à l’atelier a été unilatéralement modifié par les organisateurs de l’atelier en y omettant nos droits et en y mettant des dispositions qui dénuent la profession d’agent d’affaires de tout son sens, de sa valeur, de ses droits fondamentaux et ses activités primaires notamment dans le domaine d’intervention en justice, et ce sans fondement ni base légale. Et on nous informe que c’est cet Avant-projet taillé à la guise et à la volonté d’un autre corps professionnel, qui considère les agents d’affaires comme leur concurrent dans le domaine de la justice, qui sera soumis à la validation lors d’un nouvel atelier prévu le jeudi 28 Août 2025 à Ouagadougou.
Excellence monsieur le Président, nous dénonçons cette manière de faire d’une autre époque qui n’a laissé que de mauvais souvenirs au Burkina Faso et qui, par votre arrivée au pouvoir, cessera certainement au Burkina Faso.
Excellence monsieur le président, vous êtes le père de notre nation et nous nous en remettons à votre sagesse, nous demandons votre intervention pour non seulement faire la lumière sur cette affaire clandestine ; faire cesser un processus d’éradication d’un corps professionnel aux activités importantes pour les populations, lequel corps des Agents d’Affaires n’a commis autre crime que d’avoir été autorisé par son texte créateur à pouvoir « représenter et assister ses clients en justice » dans un pays où il existe une catégorie de professionnels du droit qui pensent à tort que ce domaine d’activité est leur monopole ; tout cela au détriment des intérêts du pauvre citoyen burkinabè parce qu’il nous revient des critiques telles que les Agents d’Affaires seraient moins chères en facturation d’honoraires d’assistance et de représentation en justice pour les justiciables à faible pouvoir d’achat.
Excellence monsieur le Président, cette lettre est un cri de cœur de l’ensemble des Agents d’Affaires du Burkina Faso face aux injustices qu’ils rencontrent dans l’exercice de leur profession. Nous pouvons vous assurer que les conséquences du succès de ce que nous dénonçons ici (violation des droits des burkinabè et conflit inopportun d’intérêts), ne seront pas seulement le chômage des centaines de jeunes burkinabè diplômés et compétents dans leur domaine que nous sommes avec nos personnels employés et collaborateurs, avec son corollaire sur l’économie du pays, mais aussi cela implique un recul de votre bonne vison pour la justice et surtout une violation flagrante de la constitution de notre pays qui dit à son article 4 alinéa 3 : « Le droit à la défense y compris celui de choisir librement son défenseur est garantie devant toutes les juridictions ». A tout cela s’ajoute la fracture sociale et la fin de l’espoir du peuple sur le nouveau visage appréciable de la justice que ce même peuple a commencé à voir depuis votre accession à la magistrature suprême de notre pays.
Excellence monsieur le Président, Camarade combattant pour la liberté, la souveraineté et l’indépendance réelle du Burkina Faso, nous sommes conscients de la lourdeur de votre tâche mais sachez que nous les Agents d’Affaires et tous les burkinabè patriotes et sincères vous soutenons».
LA PLUME



