🔴[ÉDITO]-Procès de la Young Team au Gabon : Triste miroir des pouvoirs qui s’éternisent

Il y a des procès qui disent plus qu’ils ne jugent. Celui de la « Young Team », retransmis en direct depuis Libreville, appartient à cette catégorie. Six jours d’audience ont suffi pour mettre à nu ce que le peuple gabonais soupçonnait depuis longtemps qui est que derrière les façades policées du pouvoir, prospérait un système où l’impunité, la prédation et l’arrogance formaient les piliers invisibles de la gouvernance.
Au fur et à mesure que défilaient les accusés, les montants en milliards FCFA, les villas de luxe, les appartements à Dubaï, les flottes de véhicules et même les montres estimées à 1,4 milliard de FCFA, une vérité brute se révélait tandis que le Gabon s’enfonçait dans une pauvreté exécrable, une poignée d’individus vivait dans une opulence décomplexée, se partageant l’argent public comme on distribue des petits pains.
Ce spectacle judiciaire, qualifié d’« autopsie nationale », a exposé un système où le pouvoir, lorsqu’il dure trop longtemps, cesse d’être un service et devient une rente. Où la fonction politique se transforme en patrimoine familial. Où l’Etat, au lieu de servir les citoyens, devient le tiroir-caisse de ceux qui l’incarnent. Le contraste est brutal, presque obscène : d’un côté, un peuple qui lutte pour survivre ; de l’autre, des responsables qui empilent fortunes, privilèges et biens immobiliers avec une désinvolture insultante.
La question qui se pose aujourd’hui dépasse les murs du tribunal. Elle renvoie à la confiance brisée entre gouvernants et gouvernés. Comment croire encore en des dirigeants qui, une fois au pouvoir, semblent oublier le peuple pour se concentrer uniquement sur l’art d’accumuler ? Comment espérer une stabilité durable quand la corruption devient le mode de gestion et la prédation, la norme ? Car il faut le dire, lorsque la politique cesse d’être un engagement et devient un commerce, elle ouvre la voie à toutes les ruptures.
Les soulèvements, les coups d’Etat et les révoltes ne naissent jamais du hasard. Ils sont la conséquence directe de gouvernances qui ferment les yeux sur les injustices, qui méprisent les souffrances, qui pillent sans vergogne. Et si les dirigeants ne changent pas la donne, ce sont les peuples qui la changeront pour eux parfois dans la douleur. Le procès de la Young Team doit être plus qu’une exposition publique de scandales. Il doit être un électrochoc. Un avertissement.
Un rappel que nul pouvoir n’est éternel, et que l’enrichissement illicite, même sous les dorures, finit toujours par éclater au grand jour.Le Gabon n’a que trop souffert. Les Africains n’ont que trop patienté. Il est temps que ceux qui aspirent à diriger comprennent que gouverner n’est pas s’enrichir, mais servir. A défaut, ils laisseront derrière eux un paysage où la colère est le seul langage qui reste.
La RédactionÂ



