Sécurité routière au Burkina Faso: « Nous utilisons beaucoup d’humour dans nos sensibilisations, tout en restant brefs »

Depuis plusieurs années, l’Association citoyenne Zéro goutte de sang sur la route s’impose comme l’un des visages les plus visibles de la lutte contre l’insécurité routière au Burkina Faso. A travers des actions de terrain, une forte présence numérique et une approche originale basée sur des messages courts et teintés d’humour, l’association tente d’influencer durablement les comportements des usagers de la route. Son président, Moumini Koudougou, policier de formation, revient sur les motivations, les actions et les défis de ce combat citoyen.
La création de l’Association citoyenne Zéro goutte de sang sur la route selon Moumini Koudougou n’est pas un hasard. « Ce qui m’a poussé à créer l’Association Zéro goutte de sang sur la route, c’est la récurrence des accidents de circulation routière et leurs corollaires que sont les dégâts matériels et les pertes en vies humaines », explique-t-il. Il évoque notamment un accident survenu dans son village natal de Lalgaye, ayant causé la mort d’une douzaine de personnes. Une scène traumatisante qui, selon lui, a marqué son enfance et forgé sa conscience du danger routier. Devenu policier, affecté plus tard à la section des accidents de circulation, il dit avoir été confronté à « des accidents légers, mortels, vraiment des accidents graves de toutes sortes », renforçant sa détermination à agir autrement.

Face à des statistiques jugées alarmantes environ 25 000 accidents, 15 000 blessés et près de 1 000 morts par an, Moumini Koudougou estime qu’il fallait innover. « Il fallait trouver quelque chose de nouveau », affirme-t-il. C’est ainsi qu’en juin 2020 naît le groupe Facebook Circulation de Ouagadougou, prélude à la création de l’association, afin d’avoir une reconnaissance juridique et d’intervenir officiellement sur le terrain. Les missions de l’Association Zéro goutte de sang sur la route sont claires : « la promotion de la sécurité routière, la promotion du civisme et la promotion de la citoyenneté responsable ». Concrètement, les membres interviennent « partout où il y a du monde : centres de santé, écoles, entreprises, festivals, carrefours, péages ».
Même les lieux de culte ne sont pas exclus, car, souligne le président, « tant qu’il y a du monde, nous parlons et nous sensibilisons ». La méthode fait la particularité de l’association. « Notre approche est directe, avec des messages courts, digestes et un peu d’humour pour capter l’attention », explique Moumini Koudougou, précisant que : « nous utilisons beaucoup d’humour dans nos sensibilisations, tout en restant brefs. » Lors des festivals, par exemple, l’accent est mis sur la lutte contre l’alcool au volant. « Boire n’est pas interdit, mais l’abus l’est. Celui qui boit ne doit pas conduire. », a-t-il expliqué. Selon lui, l’impact est visible. « En 2020, le port du casque était rare. En 2025, même si tout le monde n’en porte pas encore, il y a une nette amélioration », s’est-il réjoui. Il ajoute : « En 2020, les boutiques de casques se comptaient, mais maintenant partout, les boutiques de casques se sont multipliées. » .A cela s’ajoutent des mesures publiques comme la vente obligatoire de motos avec casque ou la limitation des cortèges de mariage.
« Nous avons travaillé à faire de sorte que la sécurité routière soit prise au sérieux au niveau du Burkina Faso », affirme-t-il.Malgré ces avancées, les difficultés persistent. « Les bailleurs de fonds, les ONG et les entreprises s’intéressent peu à la sécurité routière », déplore le président, soulignant que l’association fonctionne souvent grâce aux cotisations de ses membres. Il note toutefois un regain d’intérêt depuis 2025, saluant notamment l’accompagnement de certains médias.En conclusion, Moumini Koudougou lance un appel clair : « J’invite les autorités et les entreprises à s’intéresser davantage à la sécurité routière. L’association Zéro goutte de sang sur la route est ouverte à toute collaboration. »
Djamal Ouédraogo/LA PLUME



