[ÉDITO]-Crise migratoire en Afrique du Sud : Mandela risque de se retourner dans sa tombe !

Ce qui se déroule actuellement en Afrique du Sud dépasse le simple cadre d’une crise migratoire. C’est une blessure morale infligée à toute l’Afrique. Voir des Africains contraints de fermer leurs commerces, de se cacher, ou de vivre dans la peur dans un autre pays africain est une honte collective. Comment accepter qu’un pays qui a tant souffert du système inhumain de l’apartheid reproduise aujourd’hui des logiques d’exclusion et de rejet ?
L’histoire de l’Afrique du Sud est intimement liée à la solidarité du continent. Des nations africaines ont soutenu sa lutte, parfois au prix de lourds sacrifices. Aujourd’hui, ce devoir de mémoire semble s’effacer dangereusement.Certes, les difficultés économiques, le chômage et les tensions sociales sont bien réels. Mais transformer l’étranger africain en bouc émissaire est une dérive grave. Ce n’est pas seulement injuste, c’est aussi dangereux. Car la xénophobie, une fois banalisée, devient un poison qui détruit les fondements mêmes de toute société.
Le président Cyril Ramaphosa a appelé à éviter la haine et les préjugés. C’est un signal important, mais insuffisant si les actes ne suivent pas. Il ne s’agit plus de simples discours : il faut des mesures fermes, visibles et immédiates pour protéger les migrants et sanctionner les violences.Au-delà de l’Afrique du Sud, c’est toute l’image de l’Afrique qui est en jeu. Pendant des décennies, le continent a dénoncé le racisme, l’humiliation et la déshumanisation subis ailleurs. Mais comment continuer à porter ce combat avec crédibilité si, entre nous, nous reproduisons ces mêmes comportements ?
Ce qui se passe aujourd’hui donne des arguments à ceux qui, hier comme aujourd’hui, méprisent l’Africain. Et cela est inacceptable. Non seulement parce que c’est injuste, mais parce que c’est indigne.L’Afrique ne peut pas rêver d’unité, de panafricanisme, d’intégration économique ou de libre circulation si ses propres fils et filles deviennent des étrangers indésirables chez leurs frères. Le plus grand panafricain de tous les temps, Nelson Mandela, risque de se retourner dans sa tombe. L’Union africaine et les États doivent sortir de leur silence, condamner sans ambiguïté et envisager des actions concrètes. La complaisance serait une complicité.Il est temps de sonner l’alarme. Il est temps de dire stop.Car une Afrique qui rejette ses propres enfants est une Afrique qui se renie elle-même.
La Rédaction



