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[Édito] : Quand Jupiter redescend sur terre! 

Pendant longtemps, l’Afrique a été habituée aux crises politiques et sociales, aux manifestations populaires et aux contestations contre les dirigeants. Dans ces moments de turbulences, certains pays occidentaux, notamment la France, se sont souvent érigés en donneurs de leçons, scrutant la gouvernance africaine avec un regard parfois condescendant. Aujourd’hui, les images qui nous parviennent de France invitent à une réflexion profonde. Car l’histoire a cette ironie de rappeler aux donneurs de leçons que nul n’est à l’abri des difficultés qu’il croit réservées aux autres. Le jeudi 8 octobre 2026, place de la Bastille, à Paris, plusieurs milliers de manifestants ont réclamé la démission du président Emmanuel Macron.

Des slogans hostiles au chef de l’État ont retenti, tandis que des tensions avec les forces de l’ordre ont marqué le rassemblement. L’usage de gaz lacrymogènes et d’un canon à eau pour disperser les manifestants a également été rapporté. Ces scènes, relayées par les médias français, rappellent que les démocraties occidentales ne sont pas immunisées contre les colères populaires. Emmanuel Macron était pourtant arrivé au pouvoir en 2017 avec l’image d’un dirigeant jeune, porteur de renouveau et d’espoir. Son âge, son discours réformateur et sa volonté affichée de renouveler la vie politique française avaient suscité de nombreuses attentes.

Mais, au fil des années, les crises se sont succédé, donnant parfois le sentiment d’un pays traversé par des fractures profondes. Le mouvement des Gilets jaunes demeure l’une des illustrations les plus marquantes de cette colère sociale. Aujourd’hui, les tensions dans le secteur de l’éducation et les mobilisations de lycéens et d’étudiants viennent rappeler que le malaise social ne saurait être ignoré. Voir des scènes de contestation dans plusieurs villes françaises, avec des affrontements et des interventions musclées des forces de l’ordre, doit interpeller tous ceux qui considèrent que les crises sociales sont l’apanage des pays africains.

La France, souvent prompte à commenter la situation politique sur le continent, se retrouve elle-même confrontée aux exigences de sa population. Ce constat ne signifie pas que toutes les situations se valent, ni que les difficultés françaises effacent celles de l’Afrique. Il souligne simplement une vérité fondamentale, aucun pays, aussi puissant soit-il, ne détient le monopole de la stabilité, de la bonne gouvernance ou de la démocratie.

C’est précisément là que réside la leçon. Lorsqu’un dirigeant voit des milliers de citoyens descendre dans la rue pour exprimer leur mécontentement, il doit se garder de réduire leur mobilisation à un simple désordre. Il lui appartient de s’interroger sur les causes profondes de cette colère, sur les attentes déçues et sur la confiance qui s’effrite entre les gouvernants et les gouvernés.

Emmanuel Macron gagnerait ainsi à se poser les bonnes questions sur son bilan, ses choix politiques et sa manière de répondre aux préoccupations de ses compatriotes. Gouverner ne consiste pas seulement à décider, mais aussi à écouter, à comprendre et à corriger ce qui doit l’être. Cette réflexion vaut également pour les dirigeants européens qui observent l’Afrique à travers le prisme de leurs propres certitudes. Trop souvent, les difficultés du continent ont servi de prétexte à des jugements sévères, parfois empreints de supériorité.

Pourtant, les réalités sociales, les aspirations populaires et les tensions politiques ne connaissent pas de frontières. La puissance économique d’un pays ne lui confère aucun droit à l’arrogance, pas plus qu’elle ne lui garantit une paix sociale permanente. L’humilité et la modestie devraient donc habiter chaque dirigeant, quelle que soit la puissance de son pays. Regarder les autres de haut est une posture dangereuse, car les circonstances peuvent changer et les certitudes d’hier devenir les fragilités d’aujourd’hui.

L’Afrique n’a pas à se réjouir des difficultés de la France, mais elle peut légitimement tirer des enseignements de cette situation et rappeler que le respect doit être réciproque. A Emmanuel Macron, souvent présenté comme Jupiter par ses détracteurs, et aux dirigeants européens, cette séquence devrait servir de rappel salutaire. Aucun pouvoir n’est éternellement à l’abri de la contestation, aucune nation n’est au-dessus des épreuves et aucune leçon de gouvernance ne devrait être dispensée sans une bonne dose d’humilité. Car, en politique comme dans la vie, celui qui juge les autres depuis les hauteurs de ses certitudes ferait bien de regarder aussi ce qui se passe à ses propres pieds.

La Rédaction

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