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[TRIBUNE] Maladies silencieuses : Dr Moumini Niaoné alerte sur l’AVC 

Moumini Niaoné, médecin a été formé à l’Université Joseph Ki-Zerbo, diplômé en santé comportementale aux Etats-Unis, en santé sexuelle et reproductive au Royaume-Uni. Il est aussi doctorant en santé communautaire avec un focus sur la santé mentale en contexte humanitaire. Chaque semaine, il va nous entretenir sur des sujets de santé afin d’éclairer la lanterne de nos lecteurs sur tous les domaines clés. Pour cette semaine, il nous parle des maladies silencieuses comme des Accidents vasculaires cérébraux (AVC). Il donne les causes, les conséquences et comment éviter le mal. Lisez la suite !

Il est à la retraite depuis seulement deux ans. Et pourtant, la tension l’a paralysé. Ce n’est pas juste. Après une vie entière au service de l’administration, il aurait mérité une retraite paisible. Il a cotisé pendant plus de 30 ans, mais voilà qu’il se retrouve cloué dans un fauteuil, dépendant, incapable de parler. Ce matin-là, il est entré dans la douche, comme à l’accoutumée. Il est tombé. Transporté d’urgence à l’hôpital, sa tension était à 20/11. Les médecins ont pu éviter le pire, mais depuis, la moitié gauche de son corps est paralysée. Il ne parle plus. Pourtant, la veille, il était debout, souriant à la messe. Il avait ensuite rejoint ses amis pour boire quelques bières, manger du porc au rabile, comme chaque dimanche. Ce récit est tristement commun. De nombreux Burkinabè connaissent ce scénario : la retraite est à peine entamée que les ennuis de santé s’enchaînent. Peut-on appeler cela une vie ? Dépendre des autres pour se nourrir, se laver, être alité, développer des plaies par manque de soins ?La bonne nouvelle, c’est que cette situation n’est pas une fatalité. Les connaissances scientifiques et médicales permettent aujourd’hui de comprendre  et surtout de prévenir ce genre de déchéance. Je suis Moumini Niaoné, médecin formé à l’Université Joseph Ki-Zerbo, diplômé en santé comportementale aux États-Unis, en santé sexuelle et reproductive au Royaume-Uni, et doctorant en santé communautaire avec un focus sur la santé mentale en contexte humanitaire. À travers cette série, je vous invite à comprendre comment éviter le sort de M. Barthélémy.

La santé ne se résume pas à l’absence de maladie. Ce n’est pas parce que vous ne ressentez rien que vous êtes en bonne santé.

Imaginez un vieux pont, comme celui de Boromo. Pendant des décennies, la rouille fragilise les structures internes. Un jour, un camion passe, et c’est l’effondrement. Mais le camion n’est que le déclencheur visible : le vrai problème remonte à bien plus longtemps. Absence d’entretien, de contrôle, de prévention. Le corps humain fonctionne de la même manière. Beaucoup de maladies progressent en silence, sans symptôme visible, jusqu’au jour où un « évènement déclencheur » (comme un AVC) révèle une santé déjà très affaiblie.

Deux grands types de maladies

Les maladies infectieuses, causées par des germes (virus, bactéries, parasites, champignons). Elles sont transmissibles et évitables par la prévention (hygiène, vaccination, etc.).

Les maladies non transmissibles (MNT), comme : Les AVC (accidents vasculaires cérébraux) L’hypertension artérielle, Le diabète, Les cancers, Les maladies mentales et neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson…)

Elles sont silencieuses, non contagieuses, mais redoutables. Elles résultent souvent d’une combinaison de facteurs génétiques, comportementaux et environnementaux.

Pourquoi M. Barthélémy a-t-il fait un AVC ?

L’analyse de son mode de vie et de ses antécédents révèle de nombreux facteurs de risque: Il a aujourd’hui 63 ans, Il a consommé de l’alcool de manière régulière pendant plus de 30 ans. Il mange souvent des aliments gras, salés, riches en viande rouge (porc grillé).Il est sédentaire : il a abandonné toute activité physique depuis sa nomination à des postes de responsabilité, utilisant sa voiture pour tous les déplacements. Il faut noter aussi a été fumeur occasionnel pendant ses années universitaires et au début de sa carrière, avant d’arrêter vers 45 ans. Mais ce n’est pas tout. Son père est mort d’un AVC à l’âge de 45 ans, alors que Barthélémy était encore au lycée. Sa mère, aujourd’hui âgée de 80 ans, a été amputée d’une jambe à cause d’une plaie diabétique chronique, et souffre également de problèmes rénaux et visuels liés au diabète.

Âge et risques : pourquoi est-ce important ?

L’âge est un facteur de risque non modifiable, mais il augmente fortement la probabilité de faire un AVC :

Chez l’homme, le risque d’AVC augmente à partir de 55 ans, et double chaque décennie après.

Chez la femme, ce risque augmente un peu plus tard, souvent après la ménopause.

Lorsque un parent du premier degré (père ou mère) a eu un AVC ou un infarctus avant 55 ans (chez l’homme) ou 65 ans (chez la femme), le risque héréditaire est plus élevé.

Tabac : un facteur souvent sous-estimé

Même une consommation passée de tabac augmente le risque d’AVC, de maladie cardiaque et de cancer. Le tabac : Endommage les parois des vaisseaux sanguins, favorise l’hypertension, réduit l’oxygénation du cerveau et du cœur, accélère la formation de plaques d’athérome (artères bouchées). Pour synthétiser les facteurs de risque, il faut retenir qu’il existe des facteurs que vous ne pouvez pas modifier : il s’agit de l’âge (plus de 55 ans chez l’homme), Sexe masculine, Antécédents familiaux d’AVC ou de diabète (père et mère), Prédisposition génétique

Mais il y a heureusement des facteurs que vous pouvez modifier :Hypertension artérielle non contrôlée, Alimentation trop salée, grasse, pauvre en fibres, Consommation d’alcool, Tabagisme, même ancien, Absence d’activité physique, Surpoids ou obésité(lorsque votre indice de masse corporelle dépasse 25, Chez l’homme : un tour de taille >94 cm augmente le risque ; >102 cm = risque très élevé Chez la femme : seuils à >80 cm (risque) et >88 cm (risque élevé)), Stress chronique, Cholestérol élevé, Diabète mal contrôlé. Il est important de noter que l’alcool, quelle que soit la quantité que vous consommer, même si ce n’est pas beaucoup peut causer des soucis de santé.

Que nous recommande l’Organisation mondiale de la santé ?

Pour rester en bonne santé à long terme, l’Organisation mondiale de la santé recommande :

Alimentation : Moins de 5 g de sel par jour (1 cuillère à café), éviter les graisses saturées (huile de palme, fritures, margarine industrielle), Privilégier les fruits, légumes, céréales complètes, légumineuses, réduire les sucres ajoutés, les viandes rouges et transformées, boire au moins 1,5 litre d’eau par jour, éviter les sodas et l’alcool.

Activité physique :

Adultes de 18 à 64 ans : minimum 150–300 minutes d’exercice modéré par semaine (ex : marche rapide, vélo), ou 75–150 minutes d’exercice intense. Adultes de 65 ans et plus : mêmes recommandations, avec en plus des activités d’équilibre et de renforcement musculaire pour prévenir les chutes. Vieillir n’est pas une maladie. Mais mal vieillir peut l’être. La retraite ne doit pas être une condamnation, mais une renaissance.

Dr Moumini Niaoné

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