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[ÉDITO] Présidentielle en Guinée : Que vaut la parole du Général Doumbouya ? 

La Guinée se prépare à un scrutin présidentiel qui pourrait sceller un paradoxe politique inquiétant. Le général Mamadi Doumbouya, arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en 2021, a déposé sa candidature et le  dossier a été jugé recevable sans quiproquo. Et pourtant, se présenter aux élections était nauséabond pour celui-là qui avait « juré» maintes fois que ni lui, ni les membres de son gouvernement ne se présenteront aux élections. Il s’était présenté comme le restaurateur de la dignité nationale et le garant d’une transition transparente c’est pourquoi ce dernier a reçu l’onction du peuple guinéen et l’a même oint.

Que nénie, le général se retrouve désormais au cœur d’une contradiction éclatante. Certains sont étourdis, les plus avertis surtout certains membres de l’opposition ne font que se consolider dans leur scepticisme jadis. Briguer le fauteuil présidentiel qu’il s’était engagé à restituer à un civil, cette évolution ne peut se lire comme un simple événement électoral. Elle illustre une dérive subtile mais persistante, celle d’un pouvoir qui, sous couvert de légitimité, verrouille les règles du jeu politique. L’opposition, exclue, et le montant prohibitif de la caution 900 millions de francs guinéens constituent des barrières invisibles mais très concrètes à toute concurrence réelle. Le pouvoir en place, tout en conservant les apparences d’un processus démocratique, envoie un message clair qui est que l’ambition personnelle prime sur l’intérêt collectif.

Au-delà de la Guinée, le cas Doumbouya pose une interrogation plus vaste sur le devenir des transitions militaires en Afrique. Trop souvent, les engagements solennels prononcés en période de crise se muent en instruments de légitimation personnelle. La promesse de refonder la démocratie se dilue alors dans les calculs politiques et le désir de permanence au pouvoir. La parole donnée, qui devrait incarner la confiance et la responsabilité, devient un simple levier symbolique, fragile et manipulable. Pour le peuple guinéen, cette situation impose une double vigilance qui est celle de suivre la trajectoire réelle du pouvoir et celle de préserver une conscience critique face aux engagements politiques.

La Guinée, riche de sa jeunesse et de son dynamisme, mérite que la transition respecte l’éthique publique et la transparence qu’elle promet. L’élection à venir n’est pas seulement une consultation électorale, elle est un temps de vérité, où la cohérence entre discours et actes sera mise à l’épreuve. Au-delà du général Doumbouya, c’est l’idée même de responsabilité politique et de respect de la parole donnée qui est confrontée à la réalité. Et c’est là, précisément, que se joue l’avenir démocratique de la Guinée.

La Rédaction

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