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[ÉDITO] Duel Sonko-Diomaye: Forcément un va tomber !

Depuis le 6 novembre 2025, Ousmane Sonko, Premier ministre du Sénégal, a pris « quelques jours de congé ». L’annonce, faite lors du Conseil des ministres, aurait pu passer pour une simple parenthèse administrative. Pourtant, à y regarder de près, ce congé a tout d’un éloignement politique soigneusement mesuré.

Pendant cette période, la ministre de la Justice, Yassine Fall, a été désignée par le président Bassirou Diomaye Faye pour assurer l’intérim à la Primature. Un choix loin d’être anodin, tant il témoigne de la distance grandissante entre les deux hommes forts du pouvoir sénégalais.Car le contexte dans lequel intervient cette absence est lourd de signes. Depuis plusieurs semaines, la coalition « Diomaye Président » traverse des turbulences internes. Le limogeage d’Aïssatou Mbodj, proche de Sonko, de la présidence de la Conférence des leaders, n’a fait que cristalliser les tensions.

Dans la lettre annonçant cette décision, le président Bassirou Diomaye Faye évoque des « facteurs de division persistants ». Une formule diplomatique pour décrire ce que beaucoup redoutent déjà : une cassure profonde entre le chef de l’Etat et son Premier ministre.Le tandem Faye–Sonko, qui incarnait l’espoir d’un renouveau démocratique et d’une gouvernance exemplaire, semble aujourd’hui vaciller. Ce qui devait être une alliance de complémentarité se transforme peu à peu en relation de méfiance. Et c’est tout le rêve porté par leur arrivée au pouvoir qui risque de s’effriter. L’unité, la solidarité et la confiance qui avaient fait leur force face à l’ancien régime s’éloignent sous le poids des susceptibilités, des calculs et des ambitions personnelles. Le fauteuil semble désormais capable de séparer ceux qu’une même cause avait unis hier.Ce climat délétère est d’autant plus préoccupant qu’il fragilise non seulement le Pastef, mais aussi la stabilité du pays.

Le parti, bâti dans la ferveur militante et la promesse de rupture, se retrouve confronté à la dure réalité du pouvoir : gouverner exige cohérence et discipline. Si le fossé entre Sonko et Diomaye venait à se creuser davantage, c’est toute la coalition qui risquerait de se disloquer, ouvrant la voie à une nouvelle période d’incertitudes politiques dont le Sénégal n’a pas besoin.Il est encore temps d’éviter l’irréparable.

Le peuple sénégalais a placé son espoir dans ces deux hommes, porteurs d’un même idéal. Ils se doivent, par devoir patriotique, de mettre de côté leurs différends et leurs ego pour servir l’intérêt supérieur de la nation. Le Sénégal a besoin de stabilité, de confiance et d’une vision claire, pas d’un duel fratricide au sommet.Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont partagé la lutte, la prison et les rêves d’un changement profond. Il serait tragique que le pouvoir, à peine conquis, devienne le motif de leur séparation. L’histoire retiendra moins leurs désaccords que leur capacité à se dépasser pour le pays. Le Sénégal mérite mieux qu’une querelle d’alliés devenus rivaux. Il mérite deux dirigeants à la hauteur de l’espérance qu’ils ont su faire naître.

La Rédaction

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