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Hamed Nabalma: « Bourgade FM est née pour la population de Ouahigouya »

Nous avons rencontré Hamed Nabalma, directeur de publication du journal Le Curieux d’Afrique, promoteur de la nouvelle radio Bourgade FM et fondateur du groupe Curieux Médias. Dans une interview exclusive qu’il nous a accordée le samedi 13 décembre 2025, à Ouagadougou, Hamed Nabalma nous a annoncé le lancement officiel de sa radio Bourgarde FM qui aura lieu le 20 décembre 2023 à 10 heures, à Ouahigouya. Cet évènement est placé sous le haut patronage du gouverneur de la région du Yatenga, Thomas Niampa, et le parrainage de Boukary Jacques Niampa, ancien maire de Titao. Cette initiative médiatique, qui fédère presse écrite et radio, illustre la volonté du promoteur d’offrir aux populations du Yatenga et au-delà, un espace d’information et de dialogue ouvert, enraciné dans la tradition tout en tourné vers l’avenir.

Comment s’appelle votre station de radio et que signifie ce nom ?

La nouvelle radio que nous avons mise en place s’appelle Radio Bourgade. En français, le terme bourgade désigne une petite localité, un village en développement. J’ai choisi ce nom parce que je suis moi-même un produit du village : j’y suis né, j’y ai vécu, et j’y ai toujours trouvé mon attachement. Cette radio est destinée aussi bien aux habitants des villages qu’à ceux des villes, aux bourgs comme aux bourgades. Voilà pourquoi nous avons retenu ce nom.

Pourquoi avoir choisi la ville de Ouahigouya pour implanter cette radio ?

J’ai découvert Ouahigouya en 2010, et cette ville m’a presque tout donné. J’y ai rencontré mon épouse, ma première fille y est née, et j’y ai noué de nombreuses relations avec des personnalités. C’est également grâce à Ouahigouya que j’ai effectué mon premier voyage en France. Cette ville m’a tant offert que je me suis dit qu’après Ouagadougou, il fallait y implanter une radio.

Quelle est la vision principale de cette radio ?

Notre vision est résolument prospective. À travers cette radio, nous voulons semer la cohésion sociale. Certains affirment que Ouahigouya est inaccessible ; nous voulons démontrer le contraire. Nous souhaitons inciter la jeunesse à renoncer à l’alcool, à se consacrer au travail et à ne pas céder aux sirènes du djihadisme. Tel est l’objectif fondamental de l’implantation de cette radio dans cette partie du Burkina Faso.

En quoi votre radio se distinguera-t-elle des autres déjà présentes dans la région?

Lorsque j’ai créé Le Curieux d’Afrique en 2014, certains m’ont dit qu’il existait déjà Le Pays, L’Observateur Paalga et bien d’autres journaux, et qu’il était inutile d’en fonder un nouveau. Mais la vie est un risque : ce n’est pas parce que tout le monde vend de l’eau que vous devez renoncer à en vendre. Nous venons avec une autre manière de faire de la radio, une radio véritable, animée par la passion plutôt que par la recherche de profit. Pour nous, la radio est comme une seconde épouse. Nous mettrons en avant les langues nationales afin de marquer notre différence.

Quels types de programmes proposez-vous aux auditeurs ?

Nous privilégions les émissions interactives. Avant même l’inauguration officielle, nous avons lancé une émission qui connaît déjà un grand succès : « Entre nous », en français, et « Tond Nintaba », en mooré. Elle est diffusée chaque matin de 6 h 30 à 7 h. Dès l’ouverture de l’antenne, des auditeurs nous appellent de Côte d’Ivoire, de Suisse ou du Japon. Du lundi au vendredi, l’émission « Entre nous » est au programme, et le vendredi, une libre antenne permet aux auditeurs de s’exprimer. Je suis de nature optimiste : je ne crée jamais en doutant. Même s’il y a des difficultés, je suis convaincu que nous réussirons.

Quel impact souhaitez-vous avoir sur le développement local de Ouahigouya et du nord du Burkina ?

Nous nous sommes fixé un horizon de cinq ans dans la région du Yaadga. D’ici là, nous voulons voir des jeunes créer des projets grâce à la radio, des jeunes quitter le terrorisme et déposer les armes. Nous avons déjà commencé cette sensibilisation. Dans cinq ans, nous souhaitons que les femmes du Yaadga trouvent leur place et des opportunités professionnelles. Nous mettrons l’accent sur la jeunesse, mais aussi sur les personnes âgées. Personne ne sera laissé de côté.

Combien de personnes composent l’équipe de la radio ?

Comme vous le savez, tout début est difficile. Nous avons formé une équipe depuis deux ans à Ouagadougou, au sein du journal Le Curieux d’Afrique. Quatre membres permanents ont été dépêchés à Ouahigouya, auxquels s’ajoutent trois autres recrutés sur place. Nous travaillons également avec des pigistes et des volontaires passionnés de radio.

Quels ont été les principaux défis rencontrés lors de la création de cette station ?

C’est un projet mûri depuis près de dix ans. Lorsque nous avons déposé notre dossier auprès du Conseil supérieur de la communication (CSC), nous avons pris soin de le constituer avec rigueur. La principale difficulté fut l’acheminement du matériel commandé en Italie. Dans le contexte sécuritaire actuel, il fallait obtenir plusieurs autorisations, notamment du ministère de la Sécurité. Par la grâce de Dieu, nous avons surmonté ces obstacles et aujourd’hui, la radio fonctionne parfaitement.

Quel soutien attendez-vous des autorités, des partenaires et des auditeurs ?

Aux auditeurs, nous demandons d’abord de s’approprier cette radio. Notre slogan est clair : « C’est l’auditoire qui décide ». Une radio non écoutée n’a pas de raison d’être. Nous voulons des émissions qui touchent, qui réussissent. Nous invitons les auditeurs à participer et à nous proposer des idées pour améliorer notre contenu. Aux autorités, nous demandons de nous associer à leurs activités ; nous sommes prêts à les accompagner chaque fois que nécessaire. Aux partenaires, nous affirmons que Radio Bourgade FM n’est pas une distraction : c’est une radio sérieuse, faite pour la radio et rien que pour la radio. Nous avons le talent nécessaire pour leur offrir visibilité et crédibilité.

Quel message souhaitez-vous adresser aux populations de Ouahigouya à l’occasion de l’ouverture de cette nouvelle radio ?

C’est un message que je n’ai cessé de répéter : il faut faire confiance à cette radio. Bourgade FM est née pour la population de Ouahigouya, en commençant par Sa Majesté Naaba Kiba, roi du Yatenga. Nous sommes d’ailleurs allés lui présenter nos civilités. Symboliquement, nous nous sommes rendus auprès de lui avec un petit poste radio. Le Naaba, ravi, a immédiatement capté Bourgade FM, ce qui nous a profondément réjouis. Nous voulons dire aux populations du Yatenga que cette radio est leur radio. Il faut l’aimer, il faut la soutenir, il faut la conseiller. Toutes vos propositions sont les bienvenues : nos portes vous sont grandement ouvertes.

Sur quelle fréquence les auditeurs peuvent-ils écouter la radio Bourgade ?

La fréquence de Bourgade FM est 94.3 FM. Actuellement, nous sommes audibles dans un rayon de 60 kilomètres. Cependant, nos émissions dépassent largement ces frontières : nous sommes écoutés en Côte d’Ivoire, aux États-Unis et ailleurs. Grâce aux réseaux sociaux, il suffit de taper BourgadeFM.com, de suivre les instructions, et vous pouvez nous écouter en direct, quel que soit l’endroit où vous vous trouvez dans le monde.

Souhaitez-vous ajouter quelque chose pour clore notre entretien ?

Nous tenons à vous remercier sincèrement pour cette exclusivité. Nous avons besoin du soutien de tous. Bourgade FM n’est pas née pour entrer en concurrence avec qui que ce soit, mais pour venir enrichir l’offre existante. Lors de ma toute première émission, j’ai déclaré que nous étions venus pour apprendre de ceux qui étaient déjà sur place. Mais nous voulons aussi faire les choses autrement, avec notre propre identité. Lors de cette cérémonie, six attestations de reconnaissance seront décernées à six personnalités. En effet, six personnalités recevront des attestations de reconnaissance. La première est mon professeur de français, Jean-Pierre Ouédraogo. C’est grâce à lui que je me suis intéressé au journalisme. Au lycée provincial de Djibo, nous avions un journal scolaire intitulé Leki, qui signifie « le Baobab ». Il en était le directeur de publication et c’est lui qui m’a appris à rédiger un article. Ensuite, nous rendrons hommage au fondateur des éditions Le Pays. Une distinction sera également remise à Aboubakar Zida Sidnaaba, président du conseil d’administration du groupe Savane Média, avec qui j’ai travaillé pendant huit ans, six mois et vingt-six jours. Nous honorerons aussi Didier Zongo, mon enseignant en écriture radiophonique à l’ISTIC. Enfin, deux autres personnalités seront distinguées : le parrain et le patron de la cérémonie.

Interview réalisée par Edmond Bidima

LA PLUME

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