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Burkina/Réforme universitaire : Un étudiant qui a 0 sur 40% des EC d’un semestre est exclu

Le Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) durcit le ton dans les Universités publiques. À travers une conférence de presse présidée par le Directeur de cabinet, Dr Roger Honorat Charles Nébié, de nouvelles dispositions encadrant les parcours universitaires sont mises en œuvre depuis la rentrée académique 2025-2026, avec pour objectif d’améliorer la qualité et la crédibilité du système.

Au cœur de cette réforme figure l’article 36 du régime des licences, qui indique que tout étudiant ayant obtenu une note de zéro dans plus de 40 % des Éléments constitutifs (EC) d’un semestre est automatiquement exclu de son établissement. Une règle similaire s’applique au niveau du master, avec un seuil fixé à 30 %. Cette disposition vise, selon les autorités, à responsabiliser les étudiants et à lutter contre les abandons déguisés. Toutefois, cette exclusion n’est pas définitive. Les étudiants concernés ont la possibilité de se réorienter vers une autre filière dès l’année académique suivante, sous le régime dit « particulier ». Ce statut implique des conditions d’inscription différentes, notamment sur le plan financier, mais offre une seconde chance à ceux qui n’étaient pas dans une filière adaptée à leurs aptitudes.

Le MESRI insiste également sur l’importance de l’orientation post-baccalauréat. Chaque année, une Semaine d’information et d’orientation est organisée pour guider les nouveaux bacheliers dans leurs choix. Selon les statistiques avancées, plus de 80 % des étudiants obtiennent leur premier choix, et plus de 90 % l’un de leurs trois premiers choix. Malgré cela, certains étudiants continuent de faire des choix « par défaut », ce qui expliquerait en partie les échecs constatés.

Dans les filières très demandées comme la médecine, la sélection reste rude. Seuls les meilleurs candidats peuvent y accéder, en fonction des places disponibles. Les autorités encouragent ainsi les étudiants à envisager des alternatives en adéquation avec leurs compétences. Autre point majeur abordé : la problématique des doubles inscriptions. Le ministère rappelle que l’inscription simultanée dans plusieurs établissements ou formations de même niveau est strictement interdite. Cette pratique, souvent utilisée pour bénéficier indûment d’aides sociales, est désormais dans le viseur des autorités.

Des contrôles renforcés seront opérés via la plateforme « Campus Faso », qui centralise désormais toutes les inscriptions, qu’elles soient dans le public ou le privé. Cette traçabilité permettra d’identifier et de sanctionner les contrevenants. Les premières analyses révèlent des situations alarmantes. Sur un échantillon de 1 386 étudiants évalués en première session (S1), 469 ont obtenu zéro dans toutes les matières, soit près de 34 %. Pour les responsables du MESRI, ces chiffres traduisent une absence totale de participation aux cours et aux évaluations.

À travers ces nouvelles mesures, le MESRI entend instaurer plus de rigueur et de responsabilité dans le système universitaire burkinabè. Dans le souci de permettre à tous les acteurs, notamment les apprenants, de se préparer aux exigences de ces nouvelles dispositions, le MESRI leur est exceptionnellement accordé un moratoire sur l’application de l’article 36 de l’arrêté n°2025-244 et de l’article 37 de l’arrêté n°2025-245, reportée pour l’année 2026-2027. Par conséquent, « les étudiants initialement concernés par l’exclusion résultant de l’application de ces dispositions au titre de l’année académique 2025-2026 sont autorisés à être réinscrits afin de poursuivre leurs parcours au titre de l’année 2025-2026 », a déclaré le directeur de cabinet du ministre.

Entre exigence académique, meilleure orientation et lutte contre les pratiques frauduleuses, les autorités espèrent ainsi améliorer les performances et garantir une formation de qualité aux étudiants. Une réforme qui, si elle suscite déjà des débats, marque un tournant décisif dans la gestion de l’enseignement supérieur au Burkina Faso.

Salfo Zabré/LA PLUME

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