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[ÉDITO]-AES-CEDEAO: Pouvu que Mercure* assiste aux négociations à Dakar ! 

L’ouverture, le 17 octobre 2026 à Dakar, des premières négociations formelles entre la Confédération des Etats du Sahel (AES) et la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est une avancée à saluer. Dans un contexte marqué par de profondes divergences politiques et institutionnelles, les deux organisations ont fait le choix de se parler plutôt que de s’enfermer dans une confrontation stérile. C’est une décision de raison. Car, si les désaccords peuvent opposer les dirigeants, leurs conséquences, elles, retombent souvent sur les populations.

L’Afrique de l’Ouest n’a aucun intérêt à voir ses divisions politiques se transformer en fractures économiques, sociales et sécuritaires. L’AES et la CEDEAO peuvent défendre des visions différentes de l’intégration régionale, de la souveraineté et de la gouvernance. Rien n’oblige les deux organisations à penser de la même manière. Mais aucune divergence ne justifie, à elle seule, une rupture durable du dialogue. La fermeté sur les principes n’exclut pas la recherche de compromis sur les intérêts communs. Au contraire, c’est dans la capacité à discuter malgré les désaccords que se mesure la maturité d’une organisation régionale.

Il faut donc saluer l’ouverture de ces négociations, sans pour autant confondre leur commencement avec une victoire diplomatique. Se parler est nécessaire, mais cela ne suffit pas. Les poignées de main, les déclarations d’intention et les communiqués ne pèseront véritablement que s’ils ouvrent la voie à des décisions concrètes. La rencontre de Dakar ne doit pas être une simple parenthèse diplomatique destinée à calmer les tensions, avant un retour aux incompréhensions et aux postures de défiance.

Les enjeux dépassent largement les relations entre deux institutions. Les populations ouest-africaines partagent des liens familiaux, des traditions, des marchés et des espaces de vie que les frontières politiques ne peuvent effacer. La circulation des personnes et des marchandises, les échanges commerciaux, la coopération sécuritaire et les infrastructures constituent des intérêts vitaux. Une détérioration des relations entre l’AES et la CEDEAO risquerait de fragiliser davantage des économies déjà confrontées à de multiples difficultés. A l’inverse, une coopération pragmatique pourrait contribuer à préserver les échanges et à mieux répondre aux préoccupations communes.

Pour réussir, les négociations devront toutefois reposer sur une exigence fondamentale qui est le respect mutuel. L’AES doit pouvoir défendre les choix souverains de ses États membres sans être enfermée dans une logique de confrontation permanente. La CEDEAO doit, de son côté, pouvoir exposer ses positions sans que les discussions se réduisent à un affrontement de principes.

Aucune partie ne gagnerait à transformer la table des négociations en tribunal politique ou en arène où chacune chercherait à imposer son autorité à l’autre. Le dialogue suppose aussi de dépasser les calculs de prestige. Il exige de l’écoute, de la lucidité et, lorsque les circonstances le permettent, des concessions réciproques. Celles-ci ne doivent pas être interprétées comme des renoncements à la souveraineté, mais comme la manifestation d’une volonté de préserver des intérêts supérieurs.

Le véritable enjeu n’est pas de déterminer qui aura fait plier l’autre, mais de trouver les arrangements qui éviteront aux peuples de payer le prix de querelles prolongées. Il serait prématuré de parler de réconciliation ou de retour à une intégration régionale pleinement partagée. Les divergences demeurent et leur dépassement demandera du temps.

Mais l’ouverture d’un canal de négociation constitue une occasion à saisir. Encore faut-il que les discussions se poursuivent avec constance et débouchent sur des mécanismes de coopération fiables, assortis d’engagements précis et respectés. L’Afrique de l’Ouest n’a pas besoin d’une unité de façade, encore moins d’une division érigée en principe.

Elle a besoin d’une coopération lucide, respectueuse des souverainetés et utile aux populations. A Dakar, l’AES et la CEDEAO ont ouvert une porte. Il leur revient désormais de prouver qu’elles ont la volonté de la franchir. Car le dialogue n’a de valeur que s’il produit des résultats, et la diplomatie ne remplit sa mission que lorsqu’elle améliore concrètement la vie des peuples.

Mercure*: dieu de négociation dans la mythologie gréco-romaine

La Rédaction

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