Burkina/Programme incubation de Technologies Agricoles: 88 étudiants incubés font leur sortie officielle à Saria

La station de recherche de l’Institut de l’Environnement et de Recherches Agricoles (INERA) de Saria, dans la commune de Koudougou, a servi de cadre, ce lundi 25 mai 2026, à la cérémonie officielle de sortie de la deuxième promotion du Programme incubateur de technologie et de valorisation agricole (PITVA). Placée sous le haut patronage du Premier ministre, la cérémonie s’est tenue sous la présidence du ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, le Pr Adjima Thiombiano, et la co-présidence du ministre d’État, ministre de l’Agriculture, des Ressources animales et halieutiques, le Commandant Ismaël Sombié.
Cette cérémonie, organisée autour du thème « Une IESR, un incubateur : de la formation académique à l’emploi, une nouvelle voie d’insertion pour les étudiants en fin de cycle », marque une nouvelle étape dans la volonté des autorités burkinabè de rapprocher l’université du monde de l’emploi et de l’entrepreneuriat. Dans une ambiance mêlant solennité, fierté et espoir, chercheurs, responsables universitaires, étudiants incubés, partenaires techniques et autorités administratives se sont retrouvés au cœur des parcelles expérimentales de Saria pour célébrer l’aboutissement de plusieurs mois de formation théorique et pratique.

Dans le message du Premier ministre, lu par le Pr Adjima Thiombiano, le gouvernement a insisté sur la nécessité de transformer le système éducatif afin qu’il réponde davantage aux réalités socio-économiques du Burkina Faso. « Le ministère en charge de l’enseignement supérieur a fait un choix stratégique, celui de ne plus limiter l’université à la production du savoir théorique mais de faire de la recherche et de l’innovation des leviers directs de transformation structurelle de notre système d’apprentissage », a-t-il déclaré. Selon lui, cette initiative s’inscrit dans la vision des autorités visant à faire de la jeunesse un acteur central du développement économique et de la souveraineté alimentaire. Il a également souligné que cette cérémonie ne constitue pas seulement un acte académique, mais la matérialisation d’une réforme orientée vers le savoir-faire et l’auto-emploi.

Le PITVA, lancé dans sa phase pilote en 2023, ambitionne de former des étudiants capables de développer leurs propres activités agricoles à travers l’acquisition de compétences techniques, entrepreneuriales et managériales. Les résultats avancés par les autorités témoignent d’une montée en puissance progressive du programme. Pour la phase pilote, 50 étudiants avaient été présélectionnés et incubés. Parmi eux, 44 ont achevé leur formation et se sont installés à leur propre compte. Ces incubés ont notamment produit plus de 55 tonnes d’oignons en contre-saison destinées aux restaurants du Centre national des œuvres universitaires (CENOU), dans le cadre de l’initiative «Les étudiants nourrissent les étudiants ».

Concernant cette deuxième promotion, 88 incubés ont été formés, dont 66 en production végétale et 22 en production piscicole. Selon les chiffres communiqués au cours de la cérémonie, 70 entreprises sont actuellement en cours de formalisation. Avant même leur installation officielle, les incubés de cette promotion, avec ceux de la première cohorte, ont déjà contribué à la mise à disposition de près de 162 tonnes d’oignons au profit du CENOU. Les bénéficiaires ont également été formés à plusieurs techniques agricoles modernes, notamment le compostage, la production de bio-pesticides, la diversification agricole, la production semencière et la conduite des systèmes de production performants.

Dans leur déclaration lue par Sahoudatou Kaboré, représentante des incubés, les étudiants ont affirmé avoir acquis bien plus qu’une simple formation académique. « À l’issue de ce parcours, nous ne repartons pas seulement avec des parchemins. Nous repartons avec une vision claire, des compétences solides et un engagement ferme », dit-elle avec joie. Les incubés ont également expliqué avoir bénéficié de formations pratiques en production végétale et piscicole, en mécanisation agricole, en conduite de tracteurs, en gestion de fermes ainsi qu’en techniques modernes de production. Au-delà de la formation, le programme prévoit un important dispositif d’accompagnement matériel et financier destiné à faciliter l’installation des bénéficiaires.

Chaque incubé en production végétale a reçu un kit d’installation estimé à 1 530 000 FCFA. Ce kit comprend notamment des sacs d’engrais, du compost, des semences, une motopompe, des équipements de protection, des pulvérisateurs ainsi que du matériel d’irrigation. Les incubés en production piscicole ont, pour leur part, bénéficié d’un kit évalué à 3 840 000 FCFA comprenant une cage flottante, 8 500 alevins, des aliments spécialisés ainsi que des produits vétérinaires. À ces équipements s’ajoutent des financements allant de 1 à 5 millions FCFA accordés à certains incubés afin de soutenir le démarrage de leurs activités agricoles et piscicoles.

Les étudiants ont également évoqué les difficultés rencontrées au cours de leur apprentissage, notamment la rareté de l’eau sur certains sites, les attaques de ravageurs et les aléas climatiques. Malgré ces contraintes, ils estiment que cette expérience leur a permis de développer leur résilience et leur capacité d’adaptation face aux réalités du terrain. Le gouvernement entend désormais étendre cette initiative à l’ensemble des universités et centres de recherche du pays à travers le chantier « Une IESR, un incubateur ». Selon les autorités, cette dynamique devrait permettre de faire émerger une université davantage tournée vers la production, l’innovation et l’entrepreneuriat. À Saria, cette deuxième promotion du PITVA apparaît ainsi comme un symbole de la volonté des autorités de faire de l’agriculture un secteur d’avenir pour les jeunes diplômés burkinabè, dans un contexte marqué par les défis de l’emploi et de la souveraineté alimentaire.
Salfo Zabré/LA PLUME



