Burkina/interdiction de prêches de deux prédicateurs: Des leaders religieux appellent à la pédagogie

Quelques jours après l’adoption de la loi portant libertés religieuses et la suspension de deux prédicateurs accusés d’avoir tenu des propos jugés radicaux, plusieurs leaders religieux et acteurs du monde éducatif se sont exprimés ce mercredi 24 juin 2026. Entre soutien au principe d’encadrement du fait religieux, appel à la transparence dans l’application de la loi et nécessité de préserver le vivre-ensemble, les intervenants plaident pour le dialogue, la sensibilisation et la responsabilité dans les prises de parole publiques.

« Agir dans la modération permet non seulement d’éviter des situations inutiles de tension, mais aussi de contribuer à des solutions durables et équilibrées »
Les décisions de l’Etat, surtout lorsqu’elles touchent à des questions sensibles, peuvent naturellement susciter des réactions diverses au sein de la population. Dans un État de droit, chacun dispose de la liberté d’exprimer son opinion et, lorsque cela est nécessaire, de formuler des critiques ou des préoccupations par les voies appropriées. Cependant, il est important de rappeler que toute action collective ou individuelle doit s’inscrire dans le respect des lois et des institutions en place. Les expressions d’opposition, lorsqu’elles sont mal encadrées ou menées dans la précipitation, peuvent parfois entraîner des conséquences juridiques ou sociales importantes pour les personnes impliquées.
Dans ce contexte, il est recommandé de privilégier la retenue, la réflexion et le recours aux mécanismes légaux et institutionnels de dialogue. Les espaces de concertation, les recours administratifs ou judiciaires, ainsi que les cadres associatifs et citoyens constituent des voies plus sûres et constructives pour faire entendre des préoccupations légitimes.
L’intérêt général exige la préservation de la stabilité sociale et du dialogue pacifique. Agir dans la modération permet non seulement d’éviter des situations inutiles de tension, mais aussi de contribuer à des solutions durables et équilibrées. Ainsi, il est souhaitable que chacun fasse preuve de responsabilité, de calme et de discernement afin que toute expression d’opposition s’inscrive dans un cadre respectueux des lois et favorable à la cohésion sociale.

« J’invite donc chacun à privilégier le pardon, le dialogue et l’honnêteté»
Nous avons effectivement connaissance de cette nouvelle loi. Ce que nous pouvons dire, c’est qu’avant de donner un point de vue ou d’apprécier quelque chose, il faut prendre le temps de mieux s’en imprégner et de la comprendre. Dans un premier temps, nous souhaitons donc que cette loi soit davantage expliquée afin que nous puissions mieux la comprendre.
Deuxièmement, nous estimons qu’il est normal que des mesures soient prises pour encadrer certains domaines de la vie sociale. Nous pensons que c’est dans ce sens que cette loi a été adoptée et, de notre point de vue, cela est une bonne chose. Je voudrais également lancer un appel. Au Burkina Faso, depuis toujours, les populations ont vécu dans l’entente, la cohésion, l’amour du prochain et le dialogue.
Cela nous a permis de nous entendre sur ce qui est bénéfique pour l’ensemble des Burkinabè. Nous demandons donc que les populations soient davantage éclairées et sensibilisées afin qu’elles puissent comprendre le bien-fondé de cette loi. Souvent, c’est le manque de compréhension qui conduit à des interprétations divergentes. Concernant les sanctions prises à l’encontre de certains leaders religieux, comme je l’ai indiqué plus haut, toute mesure visant à préserver la cohésion sociale et le vivre-ensemble des Burkinabè est une bonne chose. Nous pensons toutefois qu’il est important que les populations soient clairement informées des faits reprochés aux personnes sanctionnées ainsi que des dispositions légales concernées. Cela permettra de mieux comprendre les décisions prises.
Ne connaissant pas précisément les griefs retenus contre ces personnes, nous ne pouvons pas nous prononcer davantage sur cette question. Pour finir, je voudrais rappeler que la loi encadre les pratiques religieuses au Burkina Faso. Les mesures prises par les autorités visent certainement à renforcer cet encadrement afin que les religions ne deviennent pas une source de mésentente entre les populations. J’invite donc chacun à privilégier le pardon, le dialogue et l’honnêteté.

« Les autorités doivent veiller à ne pas perdre la confiance des citoyens»
Nous avons tous suivi l’adoption de la loi portant sur les libertés religieuses. Personnellement, je ne vois aucun mal dans cette loi. Nous attendons désormais de voir comment elle sera appliquée sur le terrain. Comme tout citoyen, nous devons faire confiance aux autorités. Si cette loi vise à encadrer le fait religieux, c’est une bonne chose. Je n’ai pas encore parcouru l’intégralité du texte, qui comporte plus de 121 articles, si je ne me trompe pas. J’ai cependant consulté certains articles et je ne vois pas en quoi cette loi pourrait nuire aux acteurs religieux.
Ce que nous souhaitons avant tout, c’est la transparence dans son application. Je ne connais pas non plus les raisons exactes qui ont conduit à l’interdiction de prêche visant certains prédicateurs. Comme je l’ai dit, les autorités ont le droit de prendre des mesures lorsqu’elles l’estiment nécessaire. Toutefois, elles doivent également expliquer les raisons de leurs décisions afin de favoriser leur compréhension par les citoyens. Je pense qu’il est aujourd’hui nécessaire d’encadrer davantage les prises de parole sur les réseaux sociaux, qu’elles proviennent d’influenceurs ou de prédicateurs.
Cependant, les autorités doivent veiller à ne pas perdre la confiance des citoyens. Si certaines personnes sont sanctionnées pour des propos donnés tandis que d’autres tiennent les mêmes discours sans être inquiétées, cela devient difficile à comprendre. L’encadrement doit concerner tout le monde, sans discrimination. Le vivre-ensemble est une valeur essentielle que nous avons toujours connue. Toutefois, avec l’essor des réseaux sociaux, nous observons certaines dérives. Les autorités doivent poursuivre leurs efforts pour y mettre fin.
Il arrive parfois que certains prédicateurs dépassent les limites dans leurs interventions. Néanmoins, cela ne doit pas conduire systématiquement à des mesures excessives. Il faut toujours privilégier la compréhension, la sensibilisation et le dialogue. Lorsqu’on explique clairement les raisons d’une décision, on facilite son acceptation par la population.
Le message que je voudrais adresser à l’ensemble des Burkinabè est simple : nous n’avons qu’un seul Burkina Faso. Nous devons tous œuvrer à sa préservation. Chacun, qu’il soit guide religieux ou influenceur, doit peser ses mots. Dans le contexte difficile que traverse notre pays, les discours doivent être formulés avec responsabilité afin de ne pas contribuer à des troubles à l’ordre public.
Propos recueillis et retranscrits par Djamal Ouédraogo/LA PLUME



