JEPP 2026 : le MESRI veut refonder l’enseignement supérieur autour de l’employabilité

À l’occasion de l’exposition gouvernementale de la JEPP 2026 au SIAO, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation a présenté ses principales réformes en matière de formation, de recherche et d’innovation. Avant son exposé, le ministre Pr Adjima Thiombiano a visité les stands de son département, des universités et des instituts, avec des échanges avec des étudiants.
Le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) veut faire de l’adéquation entre la formation universitaire et les besoins du pays un levier majeur de l’insertion professionnelle des jeunes. C’est l’un des principaux enseignements de l’exposé présenté dans le cadre de la Journée de l’entrepreneuriat et de la promotion des produits du terroir (JEPP) 2026, à l’occasion de l’exposition gouvernementale au Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO). Avant de prendre la parole, le ministre Pr Adjima Thiombiano a effectué une visite des stands de son département, ainsi que ceux des universités et instituts. Il a pu découvrir les différentes initiatives et échanger avec des étudiants mobilisés autour de cette exposition.

Face aux participants, le ministre est revenu sur le contexte ayant conduit à engager une réforme de l’enseignement supérieur. « Une des insuffisances, c’était naturellement l’inadéquation entre la formation et l’emploi », a-t-il expliqué. Cette situation, selon lui, contribue aux difficultés d’insertion des diplômés, dont certains peuvent rester plusieurs années avant de trouver une activité professionnelle. Pour inverser cette tendance, le MESRI mise notamment sur un référentiel des formations prioritaires. Celui-ci comprend neuf domaines, 36 mentions et 495 filières. L’objectif est de mieux orienter les efforts de l’État vers les compétences jugées nécessaires au développement du Burkina Faso. « Si nous voulons véritablement changer le visage de ce pays, changer le visage de ces jeunes, il faut absolument restructurer leur orientation », a soutenu le ministre.

Cette nouvelle orientation concerne également les bourses d’études. Le gouvernement entend désormais accorder une place plus importante aux filières considérées comme prioritaires. Pour l’année évoquée par le ministre, sur un quota de 3 000 bourses, 80 % doivent être destinées aux filières prioritaires contre 20 % pour les autres filières. Le MESRI veut également reprendre la main sur la répartition des bourses proposées par les partenaires extérieurs. « Désormais, si un partenaire veut nous donner des bourses, qu’ils nous disent combien ils peuvent nous donner. C’est à nous de faire cette répartition », a déclaré Pr Adjima Thiombiano, faisant de l’orientation des ressources un instrument de réponse aux besoins nationaux. La réforme ne s’arrête pas au choix des filières. Elle touche aussi à l’organisation territoriale de l’enseignement supérieur avec la mise en place d’une carte universitaire. Le principe est de mettre fin à une situation où plusieurs universités proposent les mêmes formations alors qu’elles disposent de ressources limitées. « Toutes les universités formaient dans les mêmes filières. Ça, c’est fini », a affirmé le ministre. Désormais, les formations doivent davantage tenir compte des potentialités économiques et des réalités de chaque région. Ouahigouya pourrait ainsi développer des formations liées aux sciences agronomiques et aux techniques de conservation et de récupération des sols. Fada N’Gourma est appelée à se positionner davantage sur le tourisme, tandis que Banfora doit renforcer son positionnement dans l’horticulture. L’objectif affiché est de faire des établissements des pôles complémentaires plutôt que des structures concurrentes. « Ensemble, toutes les universités rentrent dans une logique de complémentarité et non de compétition », a insisté le ministre.

Cette réorganisation pourrait également modifier les habitudes d’orientation des nouveaux bacheliers. Être originaire d’une région ne signifie plus nécessairement poursuivre ses études dans la même localité, selon les besoins et les spécialisations retenues par les différents établissements. Pour améliorer l’employabilité, le MESRI mise par ailleurs sur le développement des filières professionnelles. Plusieurs formations ont déjà été mises en œuvre ou doivent l’être, notamment dans l’audiovisuel et le multimédia, la maintenance des véhicules électriques, le froid et la climatisation, la coupe-couture, la topographie et les métiers du bois. « Le tout, c’est de faire en sorte que tout apprenant qui rentre dans ces filières puisse ressortir avec une tête bien prête et surtout un savoir-faire », a indiqué Pr Adjima Thiombiano. Le ministère veut aussi rapprocher davantage l’université du monde professionnel. La création de directions consacrées à la professionnalisation et à l’entrepreneuriat, ainsi qu’aux relations université-entreprise, doit permettre de renforcer ce lien.

La réforme comprend enfin des initiatives d’incubation, notamment dans le domaine agricole. Des étudiants en licence et en master ont été accompagnés sur différents sites afin d’acquérir des compétences pratiques dans la production agricole. Pour le ministre, l’enjeu dépasse donc la seule délivrance des diplômes. Il s’agit de donner aux étudiants des compétences directement mobilisables et de les encourager à entreprendre. « N’attendez pas que l’État fasse tout pour vous. On vous donne […] des armes pour vous battre. Et vous devez vous battre », a-t-il lancé aux étudiants. À travers cette réforme, le MESRI entend ainsi rapprocher progressivement l’université des réalités économiques du pays, en misant sur des formations prioritaires, des établissements spécialisés selon les potentialités régionales et une professionnalisation accrue des étudiants.
Salfo Zabré / LA PLUME



