
À quelques kilomètres de Koudougou, au milieu des champs et des pistes poussiéreuses, se cache un site discret dont les travaux influencent pourtant une grande partie du monde agricole burkinabè. Derrière le calme apparent du village de Saria, la station de recherche de l’Institut de l’Environnement et de Recherches Agricoles (INERA) mène, depuis plusieurs décennies, des recherches destinées à améliorer les productions agricoles, forestières et animales du pays.
Peu connu du grand public malgré son importance scientifique, ce centre de recherche accueille chaque année chercheurs, techniciens et stagiaires venus des universités publiques et privées du Burkina Faso. Pour Lassina Sanou, maître de recherche et directeur régional de l’INERA-Saria, l’histoire du site remonte à plusieurs décennies. « La station de recherche de Saria est une station agricole installée ici depuis les années 1920 », explique-t-il. Au fil du temps, la structure a connu plusieurs mutations avant de devenir l’actuelle station de recherche relevant de l’INERA.

Selon lui, l’institut a progressivement implanté des centres de recherche dans différentes zones du pays, en tenant compte des réalités agroclimatiques propres à chaque région. « L’INERA est implantée en fonction des réalités agro-pédo-climatiques », souligne-t-il, évoquant notamment les stations de Dori, Farako-Bâ, Kouaré, Dédougou ou encore Saria. A Saria, les recherches couvrent plusieurs domaines : production végétale, environnement, foresterie, gestion des ressources naturelles et production animale. Chaque département mène des travaux destinés à adapter l’agriculture burkinabè aux défis actuels, notamment ceux liés aux changements climatiques.«Avec la variabilité climatique que connaissent aujourd’hui tous les pays du monde, nous nous adaptons également en mettant à la disposition du monde agricole des semences adaptées », explique Lassina Sanou.

Dans les parcelles expérimentales de la station, les activités scientifiques se mêlent au travail pratique des étudiants et stagiaires. C’est le cas de Tiendrebéogo K. Fabien, ingénieur en agriculture actuellement en stage dans le cadre de ses recherches doctorales.Sous un hangar transformé en pépinière expérimentale, le jeune chercheur mène des travaux sur l’anacardier. « Ce dispositif que vous voyez ici est une étude en pépinière visant à comprendre la germination de l’Anacardium occidentale », explique-t-il. Son étude porte sur plusieurs semences collectées dans différentes régions du Burkina Faso afin d’analyser leurs capacités de germination selon les morphologies et les substrats utilisés. Biochar, compost, co-compost et fertilisants hydro-rétenteurs figurent parmi les éléments testés dans cette expérimentation.Pour le doctorant, l’expérience de terrain constitue une étape essentielle dans la formation scientifique. « Ici, c’est véritablement de la pratique », affirme-t-il. « Nous avons sillonné plusieurs régions, parcouru des villages, prélevé des semences et travaillé avec des producteurs. Franchement, c’est une expérience aussi particulière qu’enrichissante».

A travers ces travaux, le stagiaire découvre également de nouveaux domaines, notamment l’agroforesterie.«Voir ces espèces germer jour après jour est tout simplement merveilleux », confie-t-il. Au-delà de la recherche scientifique, l’INERA-Saria joue également un rôle majeur dans la formation de la relève agricole et scientifique du pays. À en croire à Lassina Sanou, la station accueille chaque année une centaine de stagiaires de différents niveaux : doctorants, étudiants en master, ingénieurs, techniciens et ouvriers spécialisés.«Lorsque je fais le bilan des formations assurées au cours des dix dernières années, ce sont des milliers d’étudiants qui ont été accompagnés », indique-t-il.

Malgré cette dynamique, le centre fait face à plusieurs défis, notamment celui du financement de la recherche. « Pour obtenir des financements, il faut être compétitif aussi bien au niveau national qu’international », reconnaît le directeur régional.Il salue toutefois la résilience des chercheurs burkinabè qui poursuivent leurs travaux malgré les contraintes.Pour le jeune chercheur Fabien Tiendrebéogo, l’agriculture et la recherche représentent aujourd’hui des secteurs d’avenir pour la jeunesse burkinabè. « L’une des principales contraintes de notre agriculture demeure le manque de connaissances techniques chez les producteurs », estime-t-il, invitant les jeunes à associer formation théorique et pratique de terrain. Loin des grandes villes et des projecteurs, Saria apparaît ainsi comme un laboratoire discret où se prépare une partie de l’avenir agricole du Burkina Faso. Entre expérimentations scientifiques, formation des étudiants et adaptation aux réalités climatiques, le site continue, dans le silence des champs, d’alimenter la recherche agricole nationale.
Salfo Zabré/LA PLUME



