
La Direction générale des douanes (DGD) a présenté à la presse nationale, ce lundi 6 juillet 2026 à Ouagadougou, une importante saisie de marchandises frauduleuses qui témoigne de l’ingéniosité grandissante des réseaux de contrebande, mais aussi de la vigilance des agents des douanes burkinabè. Au cœur de cette opération figurent 49 500 feuilles de tôles dissimulées sous des sacs de plâtre afin d’échapper au paiement des droits et taxes de douane.
Cette présentation intervient dans un contexte où les autorités burkinabè multiplient les actions pour renforcer la lutte contre la fraude douanière, considérée comme un manque à gagner important pour les finances publiques et un frein aux efforts de développement économique du pays. Selon les explications fournies par le lieutenant-colonel Mathieu Bayala, chef de la Brigade mobile des douanes de Ouagadougou, le stratagème utilisé reposait sur une technique de dissimulation particulièrement élaborée.

Les fraudeurs avaient soigneusement caché des rouleaux de tôles sous des sacs de plâtre déclarés à la douane. Les six camions impliqués avaient pourtant accompli les formalités administratives habituelles à leur entrée sur le territoire national. Les documents présentés faisaient état de 6 300 sacs de plâtre et de 60 cartons de produits déclarés, des marchandises soumises à une taxation relativement faible. Toutefois, lors d’un contrôle approfondi effectué par les agents de la Brigade mobile, la supercherie a été découverte.
Le dénombrement a permis de mettre en évidence 55 rouleaux de tôles, chacun contenant 900 feuilles, soit un total de 49 500 tôles destinées à être frauduleusement introduites sur le marché burkinabè. La valeur commerciale de l’ensemble de la cargaison est estimée à 123,75 millions de francs CFA. Les droits et taxes normalement exigibles sur cette cargaison étaient évalués à près de 60 millions de francs CFA. Or, grâce à cette fausse déclaration, les importateurs n’ont versé qu’environ un million de francs CFA par camion, soit seulement 6 millions de francs CFA au total. Le préjudice potentiel pour le Trésor public est donc estimé à plus de 54 millions de francs CFA. Pour le Directeur général des douanes, l’inspecteur divisionnaire Yves Kafando, cette affaire illustre une nouvelle forme de fraude particulièrement sophistiquée. Il a salué le professionnalisme des agents qui, malgré une déclaration apparemment régulière, ont poursuivi les vérifications jusqu’à mettre au jour la dissimulation.

Le premier responsable de la Douane a indiqué que les fraudeurs avaient réussi à franchir un premier niveau de contrôle grâce à leurs déclarations conformes en apparence, mais qu’ils n’ont pas pu échapper au second contrôle effectué par les services spécialisés. Pour lui, cette opération démontre que les dispositifs de contrôle continuent de se renforcer face aux nouvelles méthodes employées par les réseaux de fraude. « Quel que soit le mode opératoire, quelle que soit l’ingénierie mise en place, la fraude ne prospérera pas sur notre territoire », a affirmé Yves Kafando, tout en félicitant les équipes ayant conduit l’opération. Le Directeur général a également estimé que l’ampleur des moyens mobilisés par les auteurs révèle un réseau bien organisé. Le recours à six camions pour transporter des marchandises frauduleuses témoigne, selon lui, d’une organisation structurée dont les services des douanes entendent désormais démanteler les ramifications.

Au-delà de la perte fiscale évitée, les autorités rappellent que la fraude douanière constitue une concurrence déloyale envers les opérateurs économiques respectueux de la réglementation. En réduisant artificiellement leurs coûts d’importation, les fraudeurs perturbent le fonctionnement normal du marché, privent l’État de ressources indispensables au financement des services publics et fragilisent les entreprises qui s’acquittent régulièrement de leurs obligations fiscales. La Direction générale des douanes assure ainsi poursuivre ses efforts de modernisation des techniques de contrôle, de renforcement du renseignement douanier et de coordination entre les différentes brigades afin de détecter les nouvelles méthodes utilisées par les contrebandiers. Concernant les marchandises saisies, Yves Kafando a indiqué que la procédure judiciaire est déjà engagée. Des requêtes de confiscation seront adressées aux autorités compétentes. Une fois les décisions judiciaires obtenues, les produits seront réaffectés dans l’intérêt général.

Les sacs de plâtre seront ainsi cédés à travers Faso Yaar afin d’être mis à la disposition des populations à des prix accessibles. Quant aux tôles confisquées, elles seront orientées vers la fonderie pour être transformées et réutilisées au profit de l’économie nationale. Le Directeur général a également confirmé que les personnes impliquées répondront de leurs actes devant les juridictions compétentes, conformément aux dispositions prévues par la législation douanière et pénale. Présenté devant la presse, l’un des mis en cause, Moumouni Kalméogo, plombier de profession, a reconnu les faits qui lui sont reprochés. Il a expliqué avoir agi pour la première fois après avoir suivi les conseils d’un ami basé au port de Lomé, qui lui aurait assuré que ce procédé pouvait passer inaperçu lors des contrôles douaniers. Regrettant son acte, il a déclaré que s’il avait su que la fraude serait découverte, il aurait procédé à une déclaration complète de toutes les marchandises transportées. Il a demandé la clémence des autorités judiciaires tout en reconnaissant sa responsabilité dans cette affaire.

Face aux journalistes, il a également lancé un appel à l’ensemble des Burkinabè afin qu’ils renoncent aux activités frauduleuses et respectent les procédures légales en matière d’importation. À travers cette importante saisie, la Direction générale des douanes entend adresser un message de fermeté aux réseaux de fraude. L’institution réaffirme sa détermination à protéger les recettes publiques, à préserver une concurrence loyale entre les opérateurs économiques et à contribuer au financement du développement national grâce à une mobilisation efficace des ressources fiscales. Cette opération figure parmi les plus importantes réalisées ces derniers mois par les services douaniers et illustre le renforcement des capacités opérationnelles de la Brigade mobile des douanes de Ouagadougou dans la lutte contre la fraude transfrontalière et les pratiques visant à contourner les obligations fiscales.
Salfo Zabré/LA PLUME



