[ÉDITO]- Immersion patriotique des professionnels des médias au Burkina: RFI, Figaro…Ça suffit !

Le traitement de l’immersion patriotique des professionnels des médias au Burkina Faso par Le Figaro et RFI interroge moins par leur volonté de critiquer l’initiative que par la manière dont cette critique a été construite. Car à vouloir démontrer la contrainte, ces médias semblent surtout avoir oublié une exigence élémentaire du journalisme : vérifier les faits avant de leur faire dire ce que l’on souhaite démontrer. Du 9 au 14 août 2026, 44 professionnels des médias issus de rédactions burkinabè ont participé à cette immersion à Pabré. La participation était volontaire. Cette donnée fondamentale aurait dû constituer le point de départ du traitement médiatique.
Mais dans les récits proposés, cette réalité a été reléguée derrière une lecture beaucoup plus accusatrice, donnant l’impression que le cadre de l’initiative suffisait à établir une forme de coercition. C’est là que le professionnalisme journalistique semble avoir pris un sérieux coup. Le Figaro et RFI avaient pourtant la possibilité de vérifier, de contacter les participants, d’interroger les rédactions représentées et de confronter les versions. Ils auraient pu présenter les critiques éventuelles tout en restituant fidèlement l’expérience de ceux qui ont pris part à l’immersion.
Ils ont plutôt privilégié un angle qui semble avoir été arrêté avant même que la réalité du terrain ne puisse véritablement le remettre en cause. Difficile, dès lors, de ne pas s’interroger sur le dessein éditorial qui sous-tend une telle présentation. S’agit-il simplement d’une erreur ? D’un manque de vérification ? Ou d’une volonté de conforter une lecture déjà largement répandue sur les autorités burkinabè ? La réponse appartient à ces rédactions. Mais une chose est certaine : ce traitement nourrit le sentiment d’un parti pris et donne des arguments à ceux qui dénoncent depuis longtemps une vision biaisée de l’actualité africaine par certains médias occidentaux.
La critique du pouvoir est légitime. Elle est même indispensable. Mais elle perd de sa crédibilité lorsqu’elle s’appuie sur une présentation approximative des faits. La liberté de la presse ne dispense ni de l’exactitude, ni du recoupement, ni de la contradiction. Le plus regrettable est que cette manière de traiter l’information tend à enfermer le Burkina Faso dans un récit où les initiatives des autorités sont systématiquement interprétées sous l’angle le plus négatif.
A ce rythme, ce n’est plus seulement le pouvoir qui est jugé : c’est toute une réalité nationale qui est réduite à une grille de lecture préétablie. Les journalistes burkinabè méritent mieux. Leur parole ne peut être considérée comme accessoire lorsqu’il s’agit de raconter une expérience qu’ils ont eux-mêmes vécue. Ils peuvent participer à une initiative publique sans perdre leur indépendance, défendre leur pays sans devenir des propagandistes et rester critiques tout en assumant leur patriotisme.
Au fond, cette affaire rappelle une vérité simple : le journaliste n’a pas pour mission de fabriquer des faits compatibles avec son récit. Il doit construire son récit à partir des faits. Lorsque cette règle est inversée, ce n’est pas seulement la qualité de l’information qui est en cause. C’est la confiance du public et, avec elle, l’honneur même du métier.
La Rédaction



