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[ÉDITO]- Casque obligatoire en circulation: Assez de sensibilisation, place à la fermeté !

Il faut parfois savoir changer de ton lorsque les mots ne suffisent plus. Depuis près de deux ans, les autorités burkinabè sensibilisent, interpellent, exhortent et multiplient les dispositifs pour convaincre les usagers de la route du bien-fondé du port du casque. Pourtant, certains motocyclistes continuent obstinément de faire fi de cette mesure élémentaire de sécurité. Face à cette indocilité persistante, le coup de semonce du ministre de la Sécurité, Mahamadou Sana, arrive à point nommé.Son message est fort. Il est même dérangeant pour ceux qui se sont accommodés de l’incivisme routier. Mais il a le mérite d’être sans fard.

Lorsque des vies humaines sont quotidiennement exposées à des comportements évitables, l’autorité ne saurait éternellement s’en tenir à la persuasion. La sensibilisation a ses vertus, mais elle a aussi ses limites. A force de répéter les mêmes consignes à des personnes qui les connaissent parfaitement et choisissent délibérément de les transgresser, la pédagogie risque de devenir une ritournelle sans effet.

Le chiffre avancé par le ministre est glaçant : 649 personnes décédées sur place dans des accidents de janvier à juillet, sans compter celles qui ont succombé à leurs blessures dans les formations sanitaires. Derrière ce nombre vertigineux, il y a des pères, des mères, des enfants, des frères, des sœurs. Il y a surtout des familles brisées et des destins brutalement interrompus. Peut-on encore regarder ces chiffres avec détachement ?Le casque n’est pourtant ni un luxe ni un accessoire superflu. Il constitue l’une des protections les plus élémentaires pour un motocycliste. Refuser de le porter au nom d’une coiffure, d’une prétendue gêne, de quelques minutes de trajet ou d’une confiance inconsidérée dans sa propre habileté relève d’une légèreté qu’aucune société soucieuse de préserver ses citoyens ne devrait tolérer.

Il faut donc saluer la fermeté affichée par le ministre de la Sécurité. Ses instructions aux policiers et aux gendarmes de refouler les motocyclistes sans casque traduisent une volonté de rompre avec une certaine mansuétude. Cette décision ne doit toutefois pas être perçue comme une chasse aux usagers, mais comme une mesure de sauvegarde. L’objectif n’est pas de multiplier les brimades ; il est d’empêcher qu’un comportement irresponsable ne se transforme en tragédie.Car la sécurité routière n’est pas une affaire individuelle. Celui qui prend la route sans casque ne met pas seulement sa propre existence en péril.

Lorsqu’un accident survient, c’est toute une chaîne de solidarité qui est sollicitée : famille, secours, personnel médical, hôpitaux et communauté. Les séquelles d’un accident grave peuvent également devenir un fardeau durable pour les proches et pour la collectivité. Il faut donc sévir. Non par goût de la répression, mais par devoir de protection. Une société qui tolère indéfiniment des comportements susceptibles de provoquer des drames évitables finit par banaliser la mort.

Or, aucune complaisance ne devrait être plus forte que le droit à la vie.La fermeté doit cependant aller de pair avec l’exemplarité. Les contrôles doivent être réguliers, impartiaux et appliqués à tous, sans favoritisme ni arrangement. Le même principe doit prévaloir pour les conducteurs, les passagers, les parents transportant leurs enfants et les autres usagers de la route. La règle ne peut être crédible que si son application est constante.

Le Burkina Faso ne manque ni de campagnes de sensibilisation ni de discours sur l’incivisme routier. Ce qui manque désormais, c’est peut-être cette rupture assumée avec la tolérance coupable. Quand les appels à la raison restent sans effet, l’autorité doit reprendre ses prérogatives. Quand la persuasion échoue, la contrainte devient légitime.Le message de Mahamadou Sana mérite donc d’être salué et surtout entendu. Il ne s’agit plus simplement de convaincre les récalcitrants, mais de protéger ceux qui peuvent encore l’être. Sur nos routes, la vie humaine doit avoir plus de valeur qu’une coiffure, qu’une convenance ou qu’un entêtement. Et si pour sauver des vies il faut durcir le ton, alors oui, il faut sévir.

La Rédaction 

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